SI J’ETAIS METNIOTE
By: Joseph Mantoura
1/6/2002

Qui des metniotes perçoit dans le prochain scrutin à venir l’occasion en or de remonter ce mauvais courant qui nous entraîne inexorablement vers le désastre? Sûrement, nettement moins qu’il ne faudrait. Nombreux sont ceux que le défaitisme incite à l’inertie civique, ceux qu’éblouit le clientélisme et les incline à la récidive dans l'aliénation et, enfin, les « panglossiens » béats d’admiration qui, sciemment ou pas, s’illusionnent grandement sur l’authenticité et la santé de notre nation.

Pour exorciser, encore et toujours, nos angoisses des lendemains difficiles, le pouvoir fait reluire un héritage longtemps surestimé : le mythologique miracle libanais. L’optimisme du traditionnel libanais est bercé à coup de flux centripète de monnaies étrangères, d’incontournable secteur tertiaire du Moyen-Orient ou de réservoir inépuisable de matières grises. Manifestement, aucune innovation n’est à prévoir de la part du gouvernement qui sombre dans l’apathie totale dans l’attente de l’accomplissement du phénomène libanais. La chienlit a envahi jusqu’aux neurones des gouvernants après avoir saccagé tout notre secteur public et l’état de ne plus tabler que sur nos convictions instinctives archaïques.

Sont autant de signes de déperdition la déliquescence du pouvoir précipitée par une cohabitation tricéphalique entravant périodiquement les rouages décisionnels, l’application chaotique du traité de Taëf  obéissant davantage à des obligations régionales que le respect stricto sensu de l’accord, la sélectivité biaisée du pouvoir juridique réduit à une planche de salut à l’ineptie gouvernementale, l’opportunisme du corps des fonctionnaires qui ne se prosternent que devant leurs redevables responsables qui les y ont placés et l’hémorragie monétaire, toute étiologie confondue, de notre caisse nationale anémiée et perfusée au « goutte à goutte » grâce une mendicité tout azimut. Le Liban recule, sa dette s’alourdit, le chômage nous mine et l’immobilisme nous enkyste dans cette spirale vicieuse. Notre état providence s’affaire de la cave au grenier pour venir en aide à une misère sociale qui attise un feu couvé de fanatisme communautaire.

Ne nous sortiront de ce marasme auto-entretenu ni les propos édulcorés des ministres, ni l’événement, quoique louable, du 25 mai sanctifiant le retrait du dernier occupant du Sud Liban ni, moins encore, l’hypothétique privatisation avec son cortège de milliards qui auront vite fait de couler à pic dans les abysses insondables de notre ardoise. Toute cette idéologie manque cruellement de doctrine. Du libanais novateur il ne nous reste que le belliqueux en quête perpétuelle de noise au prix de prétextes épidermiques. L’entreprenant est sacrifié aux dépens du combatif, le méritant au partisan et l’intellectuel au disciple.

Ne nous sortiront de ce marasme auto-entretenu qu’un révisionnisme politique qui se chargera de faire table rase de tout ce dont nous empiffre la propagande du pouvoir. Dénigrons la religion des totems de l’exécutif pour rallier d’autres courants et ouvrir d’autres horizons. Sortons du carcan sclérosé étatique expérimenté depuis plus d’une décennie, et sans aboutissements sinon la déchéance, pour oser de grandes réformes de fond en comble. De toute façon plus rien n’est aujourd’hui à perdre.

Notre ambition ne devrait, en aucun cas, se limiter à un musée de ruines réunissant les défaites de nos ennemis pour être visité régulièrement et par simple courtoisie par les régimes arabes.

J’aurai sûrement voté si j’étais metniote