CINQ MINUTES DE REFLEXION AVANT LA GUERRE
By: Joseph Mantoura
10/4/2002

Etalages de violence et spots publicitaires sanguinolents sont les prémices télévisées de la guerre qui se profile à nos frontières du Sud. Cette plaie béante à notre flanc que nous traînons depuis que le Liban existe et qu’avivent périodiquement nos bienveillants frères arabes dans leur lutte interposée contre l’ennemi, ne cesse de nous amoindrir jour après jour. Eternelle soupape de sécurité de la poudrière moyen-orientale, notre Sud d’aujourd’hui ressemble davantage à un détonateur minutée livré aux mains de bleus, encore grisés par une prétendue victoire, rivalisant avec les grands de ce monde.

Notre sort est-il déjà joué ? Probablement, néanmoins, il ne dépend que d’écervelés qui ont pris en otage mon territoire du Sud et qui se livrent au jeu dangereux de la guerre. Cette région de mon pays me semble tel un espace ouvert aux fantasmes patriotiques des uns et des autres. Terrain expérimental de la lutte anti-sioniste, ce sont toutes les théories « jihadiques » qui y prospèrent larga manu avec leurs applications sur le vif, de la résistance appliquée et calculée jusqu’à la provocation téméraire et improvisée. Et l’état de ne même plus cacher son impuissance,  mis à l’écart par des groupuscules de plus en plus restreints, illustres inconnus aux abonnés des frondeurs irréductibles contre l’entité israélienne.

Incontournable sentiment de solidarité avec les Palestiniens à part, vers quoi nous entraîneraient ces durs du patriotisme arabe ? Au combat loué et sacré contre l’état d’Israël, nous affirme-t-on sans vergogne dans les milieux avisés, comme si à la question il n’existait qu’une seule évidence. Ainsi, le parti de Dieu, prenant en otage toute la population libanaise et son gouvernement, ne nous apprécie qu’en monnaie d’échange contre ses bombardements sans s’enquérir de notre point de vue et sans souffrir les divergences d’opinions. Car, il existerait au moins une personne qui ne partagerait guère les avis querelleurs dudit parti, tout béni fut-il. A la thèse s’opposera toujours une antithèse et, n’en déplaise aux inconditionnels du martyr sur l’autel de la résistance contre l’impérialisme quel qu’il soit, nous ne sommes, n’étions et ne serons pas les seuls à monopoliser les batailles d’honneur et de libération. D’autres nations et peuples l’ont expérimenté bien avant nous avec plus ou moins de succès, et si certains avaient opté pour la brutalité gratuite et facile des armes à feu, le reste avait atteint la maturité suffisante pour prendre le chemin difficile, il est vrai mais combien civilisé, de l’insurrection pacifique et civique. Pour ces derniers la valeur d’un état et d’une nation ne réside guère dans sa constitution physique et minérale. Un grand pays ne se reconnaît pas à sa terre, ses eaux ou ses airs, mais en chacun de ses êtres, grands ou petits, femmes ou hommes. Aucune parcelle de terrain, aucun grain de sable ni aucune goutte de son eau ne vaut plus cher que leurs enfants. Aucune libération de territoire de n’importe quel joug ne pourra consoler la mort des leurs.

Prenez, juste, cinq minutes de réflexion avant  le déclenchement de la guerre contre l’ennemi. Réévaluez les valeurs et pour un instant seulement pensez qu’une fois l’ennemi vaincu et l’occupant occis, vous ne pourrez plus jamais partager votre immense bonheur avec vos enfants morts pour une cause qu’ils ne verront jamais se réaliser. Vous foulerez alors une terre affranchie, peut-être, mais vous la foulerez tout seul.

Alors, bonne guerre…