CRITIQUE DE L’ENTENDEMENT LIBANAIS
Joseph Mantoura
Le pouvoir et la société qui l’a intronisé souffrent d’un mal obscur et pernicieux. Cette pathologie est venue à bout de plus d’un pouvoir et plus d’une civilisation : J’ai nommé la maladie du renversement des valeurs.

Le Liban a l’unique pouvoir qui transforme les évidences en doutes, les réalités en mirages et les conventions en exceptions. Il transgresse les lois naturelles de la socialisation. Par conséquent, ce sont les partis au Liban qui endossent la responsabilité de déclarer les guerres a leurs ennemis respectifs et les civils se chargent de porter les armes afin de libérer les territoires occupés, pendant ce temps les militaires s’occupent d’affaires courantes dans les établissements étatiques, arrêtent, questionnent et emprisonnent d’autres civils. C’est au Liban seulement que le pouvoir s’acharne à désarmer des libanais d’une part et d’autre part, protège des mini états étrangers refuges de repris de justice armés jusqu’aux dents. Nulle part ailleurs qu’au Liban le peuple guerroie dans son territoire contre un autre pays pour libérer une parcelle de terrain d’un troisième lequel refute toute action militaire à l’intérieur de ses frontières ou de la part de ses citoyens. C’est toujours dans ce pays que les dirigeants insistent à célébrer chaque année l’indépendance d’une nation où chaque mètre carré est investi par un béret ou un fusil non libanais. Seul ce pays taxe une partie de sa population en contrepartie de prestations qu’il n’offre même pas tel l’électricité, l’eau, la voirie, etc. En somme, au Liban les partis légifèrent, le pouvoir applique, les députés assurent les tâches municipales, les civils font la guerre et les militaires remplissent les fonctions d’états. Ce défi à l’entendement humain ne touche pas le pouvoir à lui seul, il est décelable au niveau de tous les échelons de notre société. Il suffit d’observer le comportement du libanais sur nos routes pour remarquer tout simplement que les piétons se déplacent sur l’asphalte alors que leurs automobiles occupent les trottoirs, celles-ci roulent au feu rouge et s’appliquent à circuler en sens inverse et que nos éclairages routiers ne servent qu’au décor la nuit alors qu’ils scintillent de toute leur puissance le jour.

Il y a beaucoup d’uniformité dans les actions et réactions de la nature humaine et elle reste toujours la même dans ses principes et ses opérations. Par une rationalité constamment absurde l’état a rejeté en bloc les requêtes du patriarche maronite pourtant des plus légitimes comme l’indépendance et la souveraineté du pays. Il a été accusé de trahison voire d’agent à la solde de l’ennemi. Parce qu’il s’oppose à tant d’inepties incommensurables, ne flatte aucune passion désordonnée et rompt l’accoutumance de notre société il a dressé contre lui une multitude d’ennemis qui le stigmatisent de « profane et d’irréligieux ».

Le patriarche maronite ne nous enseigne pas, il nous invite à raisonner pour ne pas verser dans le dogmatisme rigide. Ses positions s’orientent vers les questions de bien public et l’intérêt de la population libanaise sans discrimination et évitent la polémique politicienne spéculative. Il tente de réunifier toutes les communautés de la mosaïque libanaise à partir d’un dénominateur commun. Il essaye de trouver un modus vivendi qui accommoderait toutes les parties et qui relancerait un dialogue national de pardon et de réconciliation. Malheureusement, il avait compté sans l’entendement libanais, seul à préférer le joug à la liberté, la vassalité à la souveraineté et le mandat à l’indépendance.
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