EQUITE BIEN ORDONNEE
By: Joseph Mantoura
13/2/2002L'homme le plus énigmatique de l'histoire récente du Liban est décédé. Assassiné par l'intermédiaire d'une voiture piégée, il a enseveli dans sa tombe maints secrets de la guerre civile. D'aucun parie sur Israël comme le seul profitant du crime, et parfois même bien avant d'avoir débarqué, tout au moins, sur le lieu du meurtre, évidence soumise pareille à la vérité de La Palice, mais tout le monde réalise que ces révélations hâtives et quelque peu fantaisistes ne servent qu'à la consommation locale induites par un réflexe conditionné n'autorisant que le report de tous nos maux à notre seul voisin du Sud. Sans l'ombre d'un doute, une des innombrables activités de l'ombre de M. Hobeika serait à l'origine de sa fin atroce, et pour peu que cette équation soit résolue, elle nous mènerait ipso facto aux instigateurs. Malheureusement, feu Hobeika avait accumulé au cours de son parcours, aussi bien de militant que de politique, de redoutables adversaires tant sur le plan local qu'international, et vilipender aussi facilement toute logique en n'incriminant qu'un seul bord parce que les us et coutumes de la politique libanaise ne souffre aucune autre argumentation, ne soulagerait que la conscience de ceux qui accusent, cependant cette politique de l'autruche ne saurait prévenir le danger potentiel qui menace l'avenir de notre nation.
Le Liban, depuis la fin de la guerre civile, n'a plus vécu les heures terrifiantes des voitures piégées et moins encore, les assassinats politiques. Il semble qu'un modus vivendi accommodant tous les belligérants de la scène avait prohibé ce genre de règlement de compte pour permettre, toutefois, d'autres méthodes sinon mafieuses du moins toujours sordides dans le fond. Les jeux et coups bas politiciens s'accomplissaient dans les limites d'un terrain dessiné par les puissances transhistoriques, qui, séculairement, contribuèrent activement à la vie politique libanaise. Il est, par conséquent, permis de déduire que la condamnation à mort d'une figure proue du panorama politique est un signe précurseur d'une décompensation d'un équilibre précaire qui prévalait par la force d'une pax syriana tolérée, aussi bien ici qu'ailleurs. Ce signe prémonitoire mériterait un peu plus de sérieux quant à sa valeur prédictive et pronostique et l'abandon à la simple tentation de créer une relation de cause à effet entre la réunion à huis clos de M. Hobeika avec les émissaires de la justice belge d'une part, et la question des massacres des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, d'autre part, pour détourner les yeux en direction des services de renseignement israéliens stipulerait une trop flagrante méconnaissance du comportement des agences d'intelligence en général, et du Mossad en particulier. Offrir aussi délibérément et aisément l'accusation contre Israël comme sur un plateau d'argent ne relève pas d'un acte de grande dextérité comme nous avait, à plusieurs reprises, habitué cet organisme. En outre, la méthode de mise à mort n'est, avouons le, guère une technique typiquement israélienne, qui, contrairement à la voiture minée, usite plus volontiers d'acte ciblé pour ne viser que le personnage quémandé.
Face à cette opération de grande envergure impliquant très probablement plusieurs organismes loco-régionaux n'avancer, en quelques heures d'investigation montre en main, que le mot d'Israël, comme pour exorciser la toute impuissance de notre état à démasquer le ou les coupables, ne peut que ternir, encore plus, notre crédibilité sur le plan international. M. Hobeika, aux dires de nos responsables, aurait été exécuté par des agents à la solde d'Israël pour taire à jamais de prétendues preuves tenues secrètes condamnant de façon irréfutable l'état de David. Voilà M. Hobeika brutalement glorifié par les uns et les autres qui avaient, sans ménagements aucun, stigmatisé plusieurs fois tous ses actes jugés ignominieux par ceux-là mêmes. Des documents jamais visionnés, des révélations en aucun cas divulguées en possession de M. Hobeika seulement, saliraient le rôle de M. Sharon dans la boucherie de Sabra et Chatila, et l'avocat libanais de la cause palestinienne de tenir des propos identiques stigmatisant la sous-entendue opération israélienne visant l'ex-ministre détenteur de preuves flagrantes contre nos ennemis sionistes.
Prenons les pour acquis aussi bien les secrets que leurs exclusivités «hobeikistes». Jouons le jeu crédule de Maître Mallat et joignons-nous à lui avec entrain pour mener à bon port le dessein, noble après tout, qui cherche à juger un crime contre l'humanité. Mais, dans cette action infiniment noble de justice, comme dans tout acte de grand humanisme, il existe toujours un coin d'hypocrisie insondable et un nombre incalculable de « laissés pour compte » qui, si au mieux ne mériteraient pas la délicate attention dont bénéficient les assassinés des camps palestiniens seraient, par contre, très reconnaissants s'ils étaient gratifiés, d'au moins, une simple et pieuse pensée. A tous ces libanais égorgés au cours de ces années de guerre civile dans le silence le plus complice, à tous mes compatriotes tombés dans les mini holocaustes perpétrés par les Palestiniens à Aïchieh, Damour, Haut Metn, Chouf, Zahle, aux victimes innocentes des francs-tireurs de Yasser Arafat et des bombardements aveugles des obusiers de Tall al Zaatar, aux dignes suppliciés beyrouthins des camps de Sabra et Chatila jusqu'à ce que mort s'en suive, aux glorieux libanais abattus froidement aux barrages de la Saïka et Fath, aux paisibles habitants de Bikfaya et Jounieh occis par les armes d'Abou Ayad qui, égaré par son avidité, a jugé que le plus court chemin vers sa Palestine préférée passait forcément par le Kesrouane, je pleure sur vos sépultures car vous ne serez jamais dignes des faveurs d'une plaidoirie des maîtres du barreau et au-delà, jamais vous ne jouirez du droit à la réparation ou, moins encore, à la commémoration, mais tout au plus à une page, bien tournée, de l'Histoire libanaise.
A tous ces libanais abattus par la main des « Abous » palestiniens, vous qui aviez hébergé le déplacé palestinien de 48, de 67 et de 70, vous qui avez été lâchement poignardé par ceux-là mêmes, aux 200 000 morts d'un conflit interne dont l'étincelle fut palestinienne, vous qui attendez jusqu'à ce jour un Me. Mallat qui assumera votre apologie devant les plus grandes instances internationales, je vous dédie cet humble panégyrique en mémoire de votre martyre.