LETAT
DE TROIE
By: Joseph Mantoura
13.8.01
Le pouvoir libanais a remisé aux vestiaires les précautions oratoires et les formules
diplomatiques. Il semble que les jours cruciaux que vit le Liban ne permettent ni
euphémismes ni litotes. Le ministre de lintérieur a livré sans ambages le fond de
sa pensée: lopposition lui inspire au mieux une profonde méfiance, au pire une
franche hostilité.
Que sa dernière déclaration, un tantinet monotone, soit le résultat dune mûre réflexion personnelle ou bénite par le commandement suprème n'importe guère. Elle n'ajoute que de l'ombre à leur politique ésotérique. Que le pouvoir libanais s'évertue avec ingéniosité à noyer le poisson, en cherchant la position du ministre Untel à celle de ses autres compatriotes reste futile puisque aucune action répressive na été entreprise a lencontre de celui ou ceux qui ont pris linitiative de plonger le pays dans une atmosphère moyenâgeuse. Ces tergiversations politiciennes élusives ne devraient en aucun cas occulter la gravité du comportement barbare des militaires et leurs acolytes civils et par conséquent réduire leur performance musclée a un simple écart de civilité relèverait plus de la puérilité que de la clairvoyance. Bien au contraire ce coup de semonce a été tiré sciemment après léchec des procédures politiques dissuasives dirigées à lencontre des réformistes libanais. Le ministre de lintérieur et au-delà loligarchie de lombre régnante nourrissent une haine instinctive envers tous ceux qui nadhèrent pas à leur thèse. Le dirigisme absolu protégé de toute critique les ont sclérosé dans des positions jusquau-boutistes reléguant au registre de la haute trahison toute attitude qui ne traduit pas au pied de la lettre leur politique. Il est ardu dimaginer que, dans cette optique, lopposition aurait une plus grande vocation que celle du simple supplétif. Le pouvoir a fixé les règles qui devraient être observées : pas de duplication, pas de découpage, pas de discrimination. Le cahier des charges inhiberait les opposants de toute initiative unilatérale pour ne pas «découpler» la solidarité intercommunautaire.
Pour la énième fois et comme par pur hasard après chaque grand événement incontrolé par létat, des exactions militaro-sécuritaires pseudo-étatiques a visée répressive sont entreprises pour museler les voix dissonantes et les rencontres populaires de masse, et inlassablement ou par manque de génie imaginatif, les mêmes apologies sont avancées a tel point que nous pourrions prévoir le jour des arrestations, les chefs dinculpation et même la sentence. Cette réaction stéréotypée du pouvoir est secondaire à la faillite de son projet et au-dela son discours politique, du moins de lavis dune partie de la population. Cette perte de toute initiative courageuse de réforme cantonne le pouvoir dans des réactions quasi-pavloviennes et anachroniques puisées des systèmes politiques surannés davant Machiavel ou détats policiers ne dépendant que de la terreur pour leur survie. Toutes ces actions et réactions entrainent tout le pays dans une spirale vicieuse pour augmenter le fossé déjà insondable entre le haut de la pyramide et sa base, poussant les défis de plus en plus loin jusquà aboutir il y a quelques jours à l0a réplique on ne peut plus bestiale dillustres maillots noirs inconnus sous le regard amusé des forces de lordre entourées de myriades de portraits présidentiels. Jusqua ce jour aucune explication na transpiré du ministre de lintérieur ni dailleurs daucun responsable sur la nature de cette nouvelle arme secrète et terrifiante, ce qui insinuerait, spirale vicieuse oblige, que les dirigeants nous réserveraient de plus grandes surprises si lopposition ne plie pas.
Contrairement à ce que
pourrait avancer certains dirigeants libanais, létalage ostentatoire de la force
brutale nest pas une garantie de cohésion inter-communautaire, mais un instrument
politique au service dune junte dirigeante naissante a la recherche dune
stabilité et dune perpétuité du pouvoir au prix de la division (diviser pour
régner). Par conséquent, tout rapprochement de différentes factions antagonistes
antérieurement ne pourrait être perçu par ce régime que comme une menace à sa survie
doù la réaction hysterico-violente qui sen suit. De tels régimes nont
rien de mieux à proposer que la répression pour bien asseoir leur dictat, répression
visible à tous les échelons de la vie sociale : policière, juridique et légale.
Ce ne sera pas encore demain la veille de la naissance de notre état de droit, ni
après-demain dans tous les cas, car toutes nos institutions, inclues nos forces de
lordre, sont méticuleusement infiltrées, paralysées et remodelées par des
chevaux de Troie dune espèce autre quhumaine.
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