MURR V/S MURR
By: Joseph Mantoura
18/6/02

Jamais si petite élection partielle n’a autant mobilisé électeurs et informations. Toutes les ressources et forces des uns comme des autres ont été lancées dans la bataille comme si celle-ci était la dernière. Toutefois, au risque de faire déchanter les illusions de Murr et de remonter le morale de L’autre Murr, les électeurs du Metn Nord n’ont voté ni pour l’appui de l’un ni contre le despotisme de l’autre mais tout simplement pour s’affirmer comme une tranche de population singulièrement marginalisée par un pouvoir trop épris de narcissisme et nombrilisme.

Qu’a dévoilé ce dernier scrutin sur le plan local ? Pas de secrets méconnus du grand public, cependant il a illuminé et mis au grand jour ce que tout un chacun soupçonnait : un état démembré et réduit à des sous composantes autonomes, comme décorticalisées, répondant aux évènements par des réactions réflexes primitives.

La dernière campagne législative partielle du Metn a mis face à face Murr contre Murr. Le premier, Gabriel du prénom, descendant d’une longue lignée politicienne s’est habilement approprié les faveurs de l’opposition plurielle à la faveur d’un matraquage publicitaire parfaitement orchestré par l’intermédiaire de sa chaîne télévisée la MTV.  Le deuxième, Mirna du prénom, grande inconnue, tant sur le plan phonique que morphologique, ne brille que sous l’aile protectrice de son père Michel, frère aîné du premier candidat, et par la voix de son frère Elias, Ministre de l’intérieur et Beau-Fils du Président de la République. Si le premier candidat excellait dans la rhétorique, non pas à cause de ses valeurs intrinsèques mais plutôt du fait d’un pouvoir complètement dépassé par tous les évènements le transformant ainsi en cible aisée, le deuxième était acculé à un rôle autrement plus problématique. Il lui fallait défendre une cause perdue d’avance aux yeux des Metniotes et à contourner coûte que coûte. La campagne électorale, entreprise par Elias pour la candidature de Mirna, s’articula, en conséquence, autour des effluves émotifs. Pour contrecarrer la carence d’un discours politique rigoureux, il a fallu pallier par des débordements sentimentaux à la limite du mélodrame cornélien. Rien n’a été épargné aux Metniotes, depuis les transactions immobilières de Michel Aoun jusqu’à la couche d’exil de Mme Solange Gemayel, épouse de Feu Bachir, en insistant sur le passé de Georges Haoui. Sur ce dernier point, le Ministre de l’intérieur a retourné ciel et terre, se permettant tous les coups bas, jusqu’au point de nous dévoiler les dessous des affaires maritales du couple Haoui. Il est remonté aussi loin que sa mémoire puisse le lui permettre au point qu’il fût même tenté de nous dévoiler la nature, néfaste, du lait premier âge ingurgité par le dernier des communistes.

Qu’a dévoilé ce dernier scrutin ? Un état de plus en plus prisonnier de ses positions conciliatrices déambulant sur le fil du rasoir et en équilibre constamment instable, contrastant de façon on ne peut plus flagrante avec une opposition mature gagnant, jour après jour, confiance et perspicacité, mais en apparence seulement. L’alliance des courants, non consommée encore par une vision cohérente d’un projet libanais, et mis au rébus par le pouvoir, ne semble qu’un épiphénomène entretenu par une adversité transitoire et que l’état aura vite fait de dépecer à la première transaction politicienne alléchante offerte aux enchères des postes de la fonction publique. Déjà, les ténors de l’opposition, se faisant face en chiens de faïence,  caressent le rêve des piédestaux bien en vue en tentant de monopoliser le dernier gain du Metn à son seul curriculum vit?. L’ivresse des jours de gloire laissera des lendemains de gueule de bois à nos concitoyens du Metn.

Quel conseil tirer du dernier scrutin ? Votez, votez, il en restera toujours quelque chose…