RESPECTS D’OUTRE-TOMBE
By: Joseph Mantoura
23/5/02

Hommage posthume à Ramzi Irani et requiem pour l’état sécuritaire résument en quelques mots tous les pronunciamientos dits responsables mais creux et surtout impuissants. Il est bien mort, et les médias audio-visuels se sont délectés à visionner son corps putréfié effrontément casé dans le coffre d’une petite voiture. Même le décès n’a plus droit à la décence  en ces jours au Liban.

Ramzi n’est pas un corps bouffi, ni un visage moisi et, moins encore, un regard éteint mais, bien au contraire, un jeune homme dynamique, instruit et père d’une petite famille tout à fait dans les normes. Ramzi est un homme qui mange quand il a faim, qui boit quand il a soif et qui dort quand il a sommeil. Ramzi rit, danse et pleure. Ramzi connaît la peur, l’angoisse, le bonheur et l’amour. Il visite ses parents, joue avec ses enfants et aime son métier. Il est comme vous et moi. Identique sur tous les points pathognomoniques, si l’on peut s’exprimer ainsi, du genre homo sapiens sapiens, tous sauf, bien sûr ce grand défaut inexcusable, il était des Forces Libanaises. Honni soit-il qui ose embrasser cette cause car il ne connaîtra guère de répit. Tel était, est et sera le lourd tribut à payer  pour tout adhérent à cette idéologie bannie du répertoire libanais. Il faudra que tout le monde s’y fasse à cette raison.

Evitons de nous faufiler dans l’interstice séparant le légal du moral afin de réhabiliter ces intouchables dudit parti. A ce jeu notre état de droit aurait vite fait de nous battre forfaitairement, sans coup férir, arguant à coup d’articles et alinéas créés à ses propres fins et, pour tout coriace à convertir, à coup de blousons noirs du 7 août. Il y a belle lurette que les services fantomatiques, si souvent pointés du doigt au gré des évènements par les politiques lâchés par le vent exécutif en poupe, nous avaient convaincus que « la raison d’état obéit à des raisons que la raison ne connaît pas ». Toutefois, la condescendance envers nos défunts ne devrait, elle aussi, subir le joug des lois répressives libanaises. Tout comme la circonspection respectueuse aurait été plus judicieuse que la diffusion insolente de l’image immonde du corps de feu Ramzi, l’humilité des propos inconsidérés de nos gouvernants, hormis la condamnation incontournable de l’assassinat, aurait été plus propice qu’une nouvelle promesse de la mise en branle de toute la machinerie judiciaire pour faire la lumière totale sur le lâche et vil acte meurtrier. Trêve de canulars par respect à la mémoire d’un homme qui ne demande pas plus qu’une respectable sépulture. Bien d’autres auparavant attendent à ce jour réparation de la part d’une justice qui n’a pu se la rendre à elle-même dans son propre palais de Saida