IL EST LIBRE SAMIR
By: Joseph Mantoura
23/4/2002

L’un des derniers grands piliers du Libre Liban est toujours gardé prisonnier au ministère de la défense libanaise. Dans de telles conjonctures que traversent le pays, il n’est, on ne peut plus logique, d’incarcérer le symbole de la souveraineté et de la confondre à du vulgaire séparatisme. La doctrine de Samir et sa philosophie ne sont pas encore à la portée du quotient intellectuel du politique stéréotype et du citoyen folklorique. Elles interpellent nos fonctions cognitives au plus haut degré pour nous remettre en question tant sur le plan individuel que collectif, quitte à remodeler notre sacrée cohabitation intercommunautaire qui, malgré le prix exorbitant qu’elle nous impose, persiste à être entretenu par les colporteurs et démarcheurs d’idées préconçues en tout genre et prêtes à la consommation rapide.

Huit ans d’isoloir n’ont en rien entaché les convictions de Samir. Mieux encore, son confinement au métrage carré le plus exigu qui soit n’a eu comme conséquence qu’un élargissement le plus important qui soit de sa base populaire. De son lieu carcéral, bien qu’étriqué, il doit bien plaindre les Libanais du vaste espace national. Contrairement à d’autres, Samir n’a plus de compte à rendre, ne doit plus se soumettre à des tractations humiliantes pour persister, ne débite plus des bévues pour se justifier et ne se contredit plus pour s’expliquer. Samir n’a plus de contraintes temporelles à respecter, ni d’espace vital à défendre, il n’a plus, non plus, la dégradante tâche de l’enrichissement personnel illicite à dissimuler ni la vile fonction d’introduire ses hommes de main dans la fonction publique à réhabiliter. Samir n’a plus de devoirs étatiques, régionaux, communautaires, familiaux, conjugaux ni même de co-détenu à assurer. Il n’a plus de comédie à jouer.

Samir est le rêve défendu d’une génération frustrée. Il est le symbole du sacrifice désintéressé sur l’autel du patriotisme. Il s’est débarrassé de ses immondes chaînes qui l’attiraient vers les basses ignominies politiciennes pour s’élever plus haut que toutes les aspirations de nos gouvernants. Il réside là où plus personne ne le rencontrera. Il est libre.

Il est libre Samir Geagea, quant à vous ce sera pour quand ?