LE CAFARD DU METNIOTE
By: Joseph Mantura
28/5/2002

La campagne électorale bat son plein dans le caza du Metn Nord. Jugée, à juste titre, de fort intéressante par plus d’un, son scrutin fera office de baromètre politique des pro et anticonformistes.

L’opinion metniote a pris conscience des concessions croissantes qu’impose la sempiternelle maxime « unicité du parcours et du destin ente la Syrie et le Liban » à la souveraineté nationale. Il n’y a plus à cogiter là dessus. Guerre et paix se décident en extra-territorial, comme l’ont prouvé les multiples escarmouches sudistes au grand dam du gouvernement libanais, différends et alliances se tissent ailleurs, comme nous les ont démontré à plusieurs reprises les sautes d’humeurs joumblatistes et même les élections, jusqu’aux plus insignifiantes d’entre elles, persistent à être supervisées par un maître d’œuvre qui, bien qu’intra muros, ne répond que de l’étranger. Force est de constater que depuis la fameuse Intifada palestinienne, l’étau se resserre progressivement, mais fermement, autour de notre autonomie relative. Un sentiment, tout à fait raisonné, d’asphyxie a étouffé nos aspirations indépendantistes et galvanisé divers courants dits patriotes. Dans ce contexte existentiel, naquit la polémique sur la présence syrienne au Liban, portée sur le devant de la scène par la très célèbre lettre ouverte au président Assad, éditorial écrit par M. Gebrane Tueini. Elle a fait réfléchir, sinon les politiques, du moins certains intellectuels ouvrant ainsi la voie aux critiques les plus audacieuses sur une des questions les plus tabou de l’histoire libanaise récente. Elle a fait couler beaucoup d’encre, noire en général, des adeptes inconditionnels du maintien du fusil syrien au Liban jusqu’aux opposants les plus forcenés. Elle a électrisé notre paysage politique, encouragé les manifestations et contre manifestations, incarcéré certains dans les geôles, mais, et surtout, transformé en nouvelle idole M. Gebrane Tueini grâce à une jeune génération à la recherche de nouveaux repères nationaux.

La lettre ouverte de M.Tueini au président Assad n’a nullement tenu compte des petits calculs de la real politique loco-régionale, ni des susceptibilités mesquines des représentants locaux, ni, notamment, du dogmatisme rigide du pouvoir en exercice. Elle était un cri de conscience d’un Libanais en mal d’indépendance qui, refusant de porter le deuil, se porta en guide de nouvelles espérances. Il fut une lumière dans la pénombre de l’inconscient national, le Robespierre à renverser les bastilles de la subordination. Il s’était forgé, à force de débats télévises médiatisés, une image de preux, défenseur des principes primordiaux de la démocratie sans concession aucune.

Aux premières épreuves, premières déceptions. Les législatives partielles du Metn ont transformé en carton-pâte toute l’idéologie de M. Tueini qui ne sait où s’ébrouer : côté chèvre ou côté chou. Ses atermoiements et flottements, tantôt agonistes tantôt antagonistes, laissent pantois toute une frange d’électeurs pour qui ne manquait pareil coup de théâtre pour les dissuader définitivement des prétendants versatiles à la chambre. Encore faudrait-il pour les intéresser que ne soit plus proposé les alternatives conciliatrices des gris nuancés de la deuxième république, et que le label des familles régnantes, sous le signe de la féodalité régionale lavant leur linge sale entre eux, soit complètement aboli du supermarché électoral. Les électeurs attendaient des positions fermes du chevalier de la lettre ouverte fermant la porte à tout accord familial suspect et toute cuisine épicée par le pouvoir en place. Ils n’espéraient guère la mise à mort de Kornet Chehouane, mais, bien au contraire, une mise en sourdine de ses visées politiques pour asséner un meilleur revers aux détracteurs mêmes de sa lettre ouverte. Enfin, ils ne souhaitaient aucunement pourfendre l’histoire des pontes de Kornet Chehouane à la recherche de stigmates défigurant leur rôle actuel, à ce jeu il serait aisé de retrouver dans les antécédents du journaliste autant d’erreurs de jeunesse qui sont à même de ternir, tout aussi bien, son image.

Le miroitement d’un grand avenir politique a mis du plomb dans les ailes de M. Tueini. Il ne sera pas le seul à succomber à la tentation, ni le dernier à retourner ses vestes du bon côté. Toutefois, aucune de ses postures électorales ne redonnera à l’électeur la foi perdue en ses principes. Là où il jugeait sévèrement les députés il a failli, et là où il stigmatisait les démarches syriennes il a avalisé. Quant à l’hallali si fièrement déclamé à Kornet Chehouane, l’avenir nous dira  pour qui sonnera le glas