L'ETAT PIRATE
By: Joseph Mantoura
5.3.02Heureux le temps des milices, ère, il est vrai de guerre civile mais, singulièrement, de prospérité et d'abondance. En ce temps, la population se terrait dans ses abris aménagés le temps du déluge de feu et d'acier pour resurgir dés l'accalmie, plein d'entrain et d'enthousiasme, gagner son pain quotidien. Les nuits étaient chargées d'appréhension et d'angoisse vite effacées par des matins prometteurs. Même l'électricité du Liban survivait tant bien que mal à la crise guerrière, tout comme la MEA, la TMA la CNSS, l'office des eaux et autres fleurons de l'économie libanaise. Il semblait, curieusement, que nos femmes subissaient moins de vol à la tire, nos enfants moins de larcins scolaires, nos automobiles moins de saccages voyous et nos appartements moins de sac tout court. A la limite, les égouts immergeaient exceptionnellement nos avenues, les germes infestaient rarement nos eaux et le pays ignorait la pollution du gasoil. Malgré les combats fratricides, il existait une sensation d'insouciance entretenue par un bien-être inaltérée. Tout ça en contrepartie de 2,5% piquée dans nos assiettes par la taxe des milices de l'époque. Ô puérile dîme et sobre impôt où êtes-vous?
Le Liban a connu la guerre de 15 ans. Il en a souffert et s'en est sorti meurtri pour connaître un autre fléau autrement plus dévastateur : Le Ministre Saniora. L'argentier de la deuxième république a une droite terrible. La perle du trésor publique s'est délecté depuis des lustres à concocter des charges démentielles au point de déduire qu'aussitôt sur les bancs d'école, il imposait déjà ses petits camarades de classe. A croire qu'ils s'inventent des tributs à domicile à qui mieux mieux, lui et sa petite famille. A ne l'imaginer que s'ingénier pour différencier un contribuable conçu pour ne s'acquitter que de charges qu'il a créées. Le ministre Saniora qui a échoué à rembourser notre dette de fin de guerre qui s'élevait à 2 milliards de dollars américains pour, pis encore, nous embourber davantage en décuplant au mieux notre ardoise, prétend aujourd'hui nous sortir d'un abîme aussi profond que 30 milliards. Sa recette est, on ne peut plus simple. Il a inventé la taxation de la taxe. Après la TVA sur nos charges douanières le voilà qui se pointe avec la réimposition de notre impôt sur le revenu le couronnant d'un effet rétroactif sur 10 ans. Sans prévenir, telle une lubie ou un caprice qui l'a inopinément investi, l'inquisiteur du fisc a jugé propice de plonger la main dans la poche du travailleur pour refaire le plein des caisses. A court d'imagination, pour toute réponse à une situation économique désuète il n'offre que le comportement infantile maraudeur.
Dommage que le percepteur en question ait si facilement échappé des crocs de la justice par un tour de passe passe juridique, car le citoyen réimposé ne bénéficiera point de telle clémence s'il s'abstenait de régler la néo-taxe « Sanioriste ». En effet le trésorier et son gouvernement détiennent en otage toute la population libanaise, pour réclamer, à tout bout de champ, des rançons, de plus en plus audacieuses, prétextées par des pseudo lois promulguées insidieusement, afin de reculer, tout bonnement, l'échéance de l'effondrement chaotique. A défaut de tarir l'hémorragie corruptrice du pouvoir qui l'a évidemment, intronisé, il s'ingénie à faire chanter les derniers inconditionnels de la ligne droite, alors que les méconnus du fisc, mais parfaitement reconnus de tout un chacun, ne sont nullement incommodés. Probablement, il ne restera plus personne, en fin de compte, pour assouvir l'avidité de nos gouvernants, les uns restants intouchables et les autres complètement pompés.
N'a d'égal à l'improbabilité de voir une insurrection généralisée du peuple, puisque tous ses ordres et syndicats ont été noyautés par les politiques, que le désintérêt des partis asservis totalement à la cause du pouvoir et adhérant inconditionnel de la condition étatique. Le Liban a sombré dans l'anarchie de la fiscalité, tout comme celle de l'électricité, de l'eau, du téléphone, de l'économie et bien d'autres. Malheureusement et comme d'accoutumée, cette nouvelle injustice ne touchera, à nouveau, que la tranche des irréductibles de l'éthique car, au Liban, la coutume a voulu que la sanction touche l'abordable et non le coupable.