FAIT DIVERS?
By: Joseph Mantoura
5/8/02
Le carnage à la caisse mutuelle des enseignants du secteur privé a ressorti la question
du fanatisme communautaire libanais de sa tanière. Quitte à contredire les injonctions
du pouvoir, adepte de la politique de lautruche, parlons-en ! et sans retenue !
Tous les antécédents conflictuels libanais avaient pour arrière plan la haine
inter-confessionnelle, et ce aussi loin que lon puisse remonter dans le temps. Ce
sentiment bulbaire fortement ancré dans le subconscient de tout libanais, bien que
quelques fois jugulé par certains esprits intellectuels bienveillants ou non, sest
retrouvé dautant plus renforcé au moment de lindépendance au bout du
départage du pouvoir qui sest accompli selon lordre des rites. Ainsi chaque
communauté sest attribué un ou plusieurs postes, en relation directe avec sa
voracité quantitative, et chaque libanais sest accroché à son dogme religieux,
plus civilement que religieusement, pour briguer et revendiquer à son tour le siège
strictement affecté à ses coreligionnaires. Sest créée une relation de cause à
effet simpliste et primaire, quasi animale, entre la religion et le poste. Inutile de
rappeler les suites douloureuses de ce raisonnement, entrecoupées de soubresauts
périodiques sanglants, et toujours intercommunautaires, dont le dernier et le plus
meurtrier a laissé des séquelles indélébiles pour les générations futures.
Ce comportement sectaire, cette reconnaissance confessionnelle, cet attribut religieux
fait peur. Mais sil faut à tout prix le dompter, comment faire alors quil nexiste
aucune harmonie législative, policière ni juridique ? Le plus simplement du monde, nous
y reviendrons, mais pour maîtriser les impulsions instinctuelles séculairement
valorisées au dépens de la compétence, il faudra que beaucoup deau coule sous les
ponts pour empêcher la pression des inconditionnels de lidentité religieuse de sasseoir
au banquet du pouvoir. Notre « démocrature », néologisme bien de chez nous, aura du
pain sur la planche.
Au Liban, cet exécrable sentiment dappartenance communautaire, cette identification
religieuse continue de saper sournoisement les fondements dune société. Si nous
avons créé un semblant détat, nous sommes passés à coté dune nation. Et
ces lacunes de saggraver davantage depuis lavènement de la deuxième
république libanaise qui, sinon partiale à souhait, continue à ignorer les craintes dune
tranche de la population. Laquelle ? Les chrétiens !
La population chrétienne du Liban compte, pour une majorité, des rescapés de génocides
divers et de fugitifs de harcèlements systématisés. Regroupés au fur et à mesure
dans cette région du monde, ils portent dans leur mémoire collective les
stigmates de ces ethnocides quils se transmettent mutuellement. Un état desprit
envenimé par les ratés du nationalisme purement arabe, tant rêvé par un chrétien qui
a dailleurs fini par embrasser la religion mahométane, par une islamisation
progressive des régimes dits arabes qui, dés quacculés nhésitent guère à
islamiser leurs propos et leurs étendards, et la dernière flambée «
judéo-christianophobe » nourrie par Ben Laden en passe de devenir le « Rambo » de la
cause islamiste. Il est vain de rassurer tout un peuple par de simples discours langue de
bois, de reluire le blason du creuset magique national unique au monde et matrice du
charme libanais. En fait, quand langoisse ronge le cognitif grippe. Il est vain de
déplorer lextravagante incurie dans le vide législatif et la négligence
exécutive. Il est tout aussi futile de conforter une population face à des ghettos
délinquants où le communautarisme arriéré défie les murs, lautonomie
arrogante nargue nos lois et limpunité menace notre salubrité nationale. Nous
découvrons aujourdhui que lalliage civil longtemps loué par nos responsables
nest, en fait, que du toc, comme un fumeur invétéré prend connaissance de son
cancer bronchique qui le ronge.
Tout comme notre histoire enseignée mais remaquillée, chacun connaît les vrais raisons
du malaise mais personne ne la nomme quau prix dun ravalement de façade. Les
mots sont assainis, édulcorés, pour ne pas trahir un échec monumental de la politique
suivie à ce jour. Réprimandes et sévices sont les lots habituels des médias qui
sortent des « clous » conventionnels et conventionnés. Internements et sanctions
juridiques sont réservés à ceux qui usent dun vocabulaire extra-étatique.
Il existe une redoutable adversité à craindre. Celle du communautarisme et de sa maladie
congénitale lintégrisme. Ne nous consolons pas en rêvant dun ordre social
du style « Rahbanisme » des années 70. malheureusement, la politique de lautruche
a permis au fanatisme dinfester de façon endémique de multitudes de ghettos, et
ces infections sont à très haut risque. Il semble, sinon impossible, du moins ardu de se
débarrasser de ce système pervers de représentation. Toutefois, sil nous est
imposé de boire le calice jusquà la lie, et de jouer le jeu de lentente
nationale, il se pourrait quil subsiste un bon moyen dintégration
inter-communautaire tout en sappuyant sur la rubrique croyance et religion. Quel
meilleur procédé que de faire élire le candidat musulman par des électeurs chrétiens
et vice versa ? Nest-ce là le summum de la coopération de toutes les confessions
et lassurance du choix de la modération ?
Mais ceci est une autre histoire